Tout est vie
Murs usés
Passage des années
Les poignées rouillées
Un charme d'antan
La peinture au fil du temps
Se détache et vole au vent
Les pierres apparentes
Envahies par les plantes
D'un passé glorieux se vantent
Les girouettes grincent
Les volets se gondolent
Les portes claquent
Les années laissent des traces
Comme des rides sur la face
Des mauvaises herbes conquièrent l'espace
Et les roses trémières
Embellissent les barrières
Une union de la terre avec la pierre
Tout est harmonie
Tout est magie
Tout est vie
Un, deux...
Suivre le rythme de son corps
Sentir les battements de son coeur
Se laisser emporter par la vague
Se suspendre aux notes des sentiments
Un, deux...
Tout oublier
Tout espérer
Tout prendre
Tout partager
Être à l’écoute
Rendre la caresse
Poser chaque mouvement
Doucement, langoureusement
Un, deux...
Comme dans un tango
Collés l’un contre l’autre
Les corps s'entraînent
Et s'enchaînent
Les mains se rejoignent
Les peaux se touchent
Les jambes se croisent
Les bras s’enroulent
Les lèvres se joignent
Deux, un...
Le combat économique et culturel des femmes indigènes au Costa Rica
Dans de nombreux pays, la femme joue un rôle essentiel dans la vie économique. C’est le cas de ce groupe de femmes, réunies dans l’association ACOMUITA, au cœur du territoire Bribri dans le sud est du Costa Rica. Entre survie économique et perte de culture, le combat des indigènes est rude.
Il faut emprunter deux bus depuis Puerto Viejo, ville au sud-est du Costa Rica pour accéder à Shiroles, territoire bribri (indien) à Talamenca. Deux transports locaux vieux comme Hérode, balancent le passager d'un bord à l'autre. Le Costa Rica est certes le pays le plus riche de l'Amérique centrale, mais son réseau routier est à revoir. L'association Acomuita, «Commision des femmes indigènes Bribri de Talamenca », se situe à l'entrée du village, dans un grand bâtiment de béton sans charme. L'espace intérieur se divise entre une grande salle et quelques petites pièces. Depuis plusieurs années, Marina préside le développement de l’association.
Acomuita ou l'union des femmes
Acomuita est née en 1995 de l'union de trois groupes de femmes autour d'un projet commun. Depuis, ce sont 75 indigènes bribris et 4 cabécars (autre tribu indigène) qui sont associées. Divers projets ont vu le jour dont le plus notable est une fabrique de chocolat bio. Avant d'aller plus en avant dans cette présentation, Marina expose la raison fondamentale de cette institution : “Mejorar la calidad de vida de las asociadas mediante la generación de empleos y el aumento del ingreso economico” (améliorer la qualité de vie des associées à travers la création d'emplois et l'augmentation des revenus économiques).
A la fin des années 1980, beaucoup de femmes mères célibataires se sont regroupées pour s'aider mutuellement face à la crise financière qu'elles traversaient toutes. Se serrer les coudes, s'entraider les ont aidées et les ont convaincues de la viabilité du travail en coopération. Depuis lors l'association est reconnue dans le Bas-Talamenca. Des femmes viennent solliciter des formations pour les aider dans leurs projets, qui dans le développement de leurs fincas (fermes), qui dans un tout autre domaine. L'association les soutient et les suit dans leurs démarches.
Le fer de lance de l'ACOMUITA est la fabrique du chocolat, Tsiru'ichok (“mange du chocolat” en langage bribri). Toute la chaîne est contrôlée par des femmes, des productrices de cacao à la vente. Dans les années 1980, une maladie avait affecté le cacao poussant la majorité des paysans à se reconvertir dans la banane plantain. Les rares ayant conservés leurs plans fournissent désormais leur récolte à la fabrique cependant en quantité encore insuffisante. Acomuita s'est donnée pour mission de semer de nouveaux plans et d'étendre la production. Parallèlement, l'association travaille sur le dépôt de la marque qui aidera à agrandir le marché de la vente, car réduit à l'heure actuelle à la seule province d'El Limon, le pays Talamancain et la côte de Puerto Viejo.

Une culture en voie de disparition
Acomuita est également un relais des institutions nationales comme la INAMU (Institut international de la femme), notamment dans un programme contre la violence familiale. Depuis quelques années, la culture disparaît et fait place à une vague de violence domestique due en partie à l’apparition de l'alcoolisme et la drogue.
Si ce groupe de femmes lutte pour son autonomie économique et pour une agriculture saine (biologique), il est un autre combat difficile à mener : la sauvegarde de leur langue bribri, base de leur culture. Fut un temps où l’on ne pouvait plus la parler sous prétexte “qu’elle n'était parlée nulle part ailleurs”, explique Marina. De nouveau enseignée dans les écoles, elle est en décalage avec le terrain. La méthode d'apprentissage dictée par le ministère de l'éducation est un mystère pour les Bribri. “Mes petits enfants me montrent leur livre et je n'arrive pas à le lire. Ce n'est pas notre bribri. Notre langue a toujours été orale, je ne sais qui a décidé des règles de son écriture”, poursuit Marina. Les jeunes indigènes happés par l'invasion de schémas occidentaux, sont honteux de parler la langue de leurs ancêtres. La génération actuelle de parents comprend le bribri mais refuse de le parler ; sans grand-parents pour l’enseigner, ce langage indigène disparaîtra comme d'autres. Et avec une langue disparaît une culture et l'identité d'un peuple. Les chants s'oublient, les danses se vident de leur symbolique, les coutumes se perdent... Le combat des femmes d'Acomuita sera t'il suffisant pour empêcher le délitement progressif de la culture indigene ? A la sortie de notre entretien avec Marina, les femmes présentes travaillent et s'expriment toutes... en espagnol.
El Soco, un lieu oublié de l’Etat dominicain, un souffle d’espoir avec SOLAIDOM
Le batey est historiquement parlant le quartier des ouvriers de la canne à sucre en République Dominicaine. Les quelques bâtisses isolées sont devenues au fil des ans des villages entiers. Originellement, ils accueillaient les Haitiens puis leur famille. Maintenant, ils regroupent surtout des populations pauvres dominicaine et haïtienne. Chantal de Campos, fondatrice de SOLAIDOM, revient toujours avec émotion dans ce quartier, le premier où elle a apporté son aide, humble mais réelle, à des habitants démunis de tout et oubliés de tous.
Chantal de Campos a découvert le batey d’el Soco près de San Pedro de Marcoris dans le sud-est de la République Dominicaine dans les années 1990. Alors responsable d’une agence de tourisme, elle décide de donner son temps pour aider les gens du village. Française d’origine, son crédo est l’éducation à travers des ateliers de langues ou d’artisanat. Elle donne des cours de sa langue natale sous forme ludique, voire de théâtre, pour rendre l’apprentissage attractif. Travailler dans le tourisme requiert toujours une seconde langue vivante, maîtriser le français est donc une porte d’accès à ce milieu professionnel.
En 1995, Chantal créé sa fondation SOLAIDOM : SOLidarité Aide aux enfants DOMinicains. Tout d’abord active dans 4 quartiers défavorisés du sud du pays, elle regroupe ensuite ses activités dans sa maison de Guyacanes, (45 minutes à l’est de la capitale) pour raisons économiques. Chantal offre sans compter sa disponibilité et ses moyens financiers qu’elle engrange en travaillant elle-même. Cependant son temps est limité et occupé par les ateliers qu’elle donne, par conséquent elle n’a pas le temps de chercher des aides nécessaires à sa fondation. Elle est pourtant connue et on la sollicite pour intervenir dans de nouveaux quartiers, mais sans aide aucune.

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Chaque fois qu’elle revient au batey del Soco, elle a un pincement au cœur. Tout le monde la salue par son nom. Enfants et adultes lui demandent quand elle reprendra les cours. Elle ne sait pas et cela l’attriste quand il y a tant à faire. Elle est mécontente que l’Etat dominicain délaisse une partie de ses concitoyens. Tout dans le village démontre la pauvreté : des maisons construites de bric et de broc, des intérieurs dont les meubles gardent un souvenir d’un passé déjà peu glorieux au moment de leur acquisition, des rues défoncées par la pluie, des poteaux électriques bricolés et prêts à s’effondrer tels une brindille…
Chantal se sent inutile devant le travail à accomplir, cependant ses ateliers ont permis à quelques jeunes de trouver un emploi dans le tourisme. Une personne qui travaille, c’est une famille entière qui vit. De même, une dame autrefois assidue aux ateliers de Chantal a pris son relais et apporte un soutien scolaire aux enfants du quartier. Tout cela ne sont que quelques gouttes d’eau d’un océan qui déborde mais pour des quartiers délaissés et totalement abandonnés à leur sort, il est vital de savoir que c’est possible. « El futuro esta en nuestros manos », le futur est dans nos mains est le leitmotiv de Chantal. Motiver les gens pauvres à saisir toutes les opportunités qui se présentent, même si elles semblent minimes. C’est un vent d’espoir que Chantal insuffle à ces démunis et c’est déjà beaucoup.
Une femme en devenir
Au bout d’un ponton d’une île éloignée de sa métropole,
Trois personnes surgissent cahin caha de la plage,
L’une a une démarche très hésitante.
Ses deux acolytes le raccompagnent à bord,
Une grande asperge qui vacille également sur ses bases
Et une jeune fille à la démarche légèrement masculine ;
Quel étrange trio.
En cette fin de journée ensoleillée,
J’attends mon capitaine sur la plage,
Un chien me tient compagnie.
La jeune fille du ponton se rapproche
Et m’invite à la table de ses amis.
Elle est jeune, très jeune, 17 ans,
Mais cependant assez d’aplomb pour traverser l’Atlantique.
Alors que d’autres planchent sur les bancs du lycée.
Son bac en poche avant l’âge officiel,
Elle a décidé de parcourir un bout de chemin
Pour décider de son avenir.
Elle boit, elle fume, elle jure,
Elle s’est glissée dans l’habit du marin,
À moins qu’elle n’ait fréquenté auparavant
Les docks du port de Marseille.
C’est une personne entière qui, malgré son âge,
A déjà vécu son lot de coups durs.
Elle en parle avec ouverture,
C’est encore la meilleure façon de les affronter et d’avancer.
Elle veut travailler, elle n’est pas majeure,
Elle vous rétorquera, “et alors?”.
Pas facile à démonter la petite.
Elle embarque comme hôtesse alors qu’elle ne rêve
Que de lancer des amarres et mettre les mains dans le cambouis.
Elle ravale ses préférences et plonge avec sérieux dans sa nouvelle mission.
Elle en fait plus que tous les autres,
Et le soir elle tombe dans un sommeil profond.
Comme un papillon qui sort de sa chrysalide,
Elle quitte doucement l’adolescence pour devenir femme
Libre de ses choix et de sa vie.
Accord parfait
L'air est chargé d'humidité sur ce Malecon de La Havane
Des personnes prennent l'air marin
Se laissent hypnotiser par le ressac
D'autres errent là où les mènent leurs pas.
Lui joue du saxophone
Tire des notes d'un instrument déjà âgé
Probablement un voyageur venu de l'Europe de l'est
Arrivé dans les années plus prospères de l'île.
Cette grande virgule est toute sa vie.
Il l'adore comme d'autres chérissent une femme
Elle est arrivée un jour dans ses mains
Et ne l'a jamais quittée depuis.
Pour elle il a appris le jeu de notes
Ce langage que l'on appelle solfège
Il le maîtrise si bien,
Que son saxo et lui s'en joue.
Sa relation n'est cependant pas exclusive,
Il aime partager cet accord parfait
Avec le passant, spectateur impromptu
Telle que je suis.
Ses notes racontent des histoires
Le musicien ne fait qu'un avec son instrument
Qui est le maître, qui est le sujet ?
Peu importe, l'accord est parfait.
Quelques photos de République Dominicaine
Plus que des mots, voici quelques images de ce pays dans
lequel je vis depuis presque 1 an... Qu'en pensez-vous ?
La traversée de l'Atlantique, une leçon riche d’enseignements
Chacun vit à son rythme, au son de son propre battement de cœur. Un an après ma première traversée de l'Atlantique, j’en garde et j’en garderai un souvenir mémorable. Avec le temps, je conserverai l’essentiel, purgeant le tout comme on tri le bon grain de l'ivraie.
J’oublierai probablement des visages, sûrement des noms. On me disait qu’une transatlantique construit des amitiés ou des haines. Ce n’est pas vrai, il n’y a aucune règle dans ce domaine. On me disait que c’est un face à face avec son Moi, ceci est vrai… pour moi.
J’ai vécu cette traversée essentiellement avec moi-même. C’était un but avoué de celle-ci - me regarder dans un miroir sans détourner le regard – et les circonstances m’y ont poussée.
Rejetée par un de mes coéquipiers, j’ai du faire face. De confrontation directe, de conflits ouverts qui ne servent à rien et détruisent tout sur leur passage, je ne voulais pas ; à cela j’ai préféré comprendre ce qui poussait cette autre personne à me mépriser autant. Qu’avais-je fait ? Que pouvais-je faire ? J’avais peu de réconfort de la part des autres membres et je ne le recherchais pas. C’était une affaire entre lui et moi, entre deux humains qui avaient un souci, l’un envers l’autre.
La traversée a été un difficile moment pour moi, mais je ne changerais rien si on me donnait la possibilité de le faire. Au travers des yeux des autres et d’une réflexion personnelle, j’ai grandi. J’ai aussi compris que les apparences ne sont pas toujours vraies. Les sourires, les connivences, les amitiés, les rires sonnent parfois faux.
Lancer des attaques, mépriser quelqu’un parce qu’il vous insupporte, donner des leçons car l’on se croit « davantage » que l’autre est à la portée de tout humain. Avaler des couleuvres, accepter l’autre tel qu’il est, apprendre chaque jour des qualités et des faiblesses de l’autre est plus difficile. On aimerait se révolter, se battre, crier à l’injustice, mais à quoi bon ? Ça ne sert souvent qu’à envenimer le conflit et laisser le pus sortir de la blessure sans espoir de rémission.
J’ai résisté aux attaques comme les arbres à la tempête ; j’ai courbé l’échine mais je me suis relevée encore plus forte qu’avant. Apprendre à être humble est la plus belle chose qui puisse nous arriver et ça se travaille tout au long d’une vie. Supprimer le superflu de la vie et ne garder que l’essentiel, voilà ce qui est important. Ne pas fanfaronner à tout prix pour se donner une raison de briller, mais connaître sa vraie valeur et en être convaincue.
De Sabaneta de Yasica, on emprunte une route sinueuse. La moto épouse ses courbes et s'arrête au détour de magnifiques paysages. La route monte, la mer est de plus en plus visible. A La Cumbre, c'est le point de rupture. On arrive de l'autre côté de la cordillère septentrionale. A ses pieds s'étend la vallée du Cibao.






































